Poems by Louis Aragon


Elsa

Tandis que je parlais le langage des vers
Elle s'est doucement tendrement endormie
Comme une maison d'ombre au creux de notre vie
Une lampe baiss閑 au coeur des myrtes verts

Sa joue a retrouv le printemps du repos
O corps sans poids pose dans un songe de toile
Ciel form de ses yeux l'heure des 閠oiles
Un jeune sang l'habite au couvert de sa peau

La voila qui reprend le versant de ses fables
Dieu sait ob閕ssant quels lointains signaux
Et c'est toujours le bal la neige les tra頽eaux
Elle a rejoint la nuit dans ses bras adorables

Je vois sa main bouger Sa bouche Et je me dis
Qu'elle reste pareille aux marches du silence
Qui m'閏happe pourtant de toute son enfance
Dans ce pays secret mes pas interdit

Je te supplie amour au nom de nous ensemble
De ma suppliciante et folle jalousie
Ne t'en va pas trop loin sur la pente choisie
Je suis aupr鑣 de toi comme un saule qui tremble

J'ai peur 閜erdument du sommeil de tes yeux
Je me ronge le coeur de ce coeur que j'閏oute
Amour arr阾e-toi dans ton r陃e et ta route
Rends-moi ta conscience et mon mal merveilleux


La Rose et le R閟閐a

Celuiqui croyait au ciel
Celui qui n'y croyait pas
Tous deux adoraient la belle
Prisonni鑢e des soldats
Lequel montait l'閏helle
Et lequel guettait en bas
Celui qui croyait au ciel
Celui qui n'y croyait pas
Qu'importe comment s'appelle
Cette clart sur leur pas
Que l'un fut de la chapelle
Et l'autre s'y d閞ob鈚
Celui qui croyait au ciel
Celui qui n'y croyait pas
Tous les deux 閠aient fid鑜es
Des l鑦res du coeur des bras
Et tous les deux disaient qu'elle
Vive et qui vivra verra
Celui qui croyait au ciel
Celui qui n'y croyait pas
Quand les bl閟 sont sous la gr阬e
Fou qui fait le d閘icat
Fou qui songe ses querelles
Au coeur du commun combat
Celui qui croyait au ciel
Celui qui n'y croyait pas
Du haut de la citadelle
La sentinelle tira
Par deux fois et l'un chancelle
L'autre tombe qui mourra
Celui qui croyait au ciel
Celui qui n'y croyait pas
Ils sont en prison Lequel
A le plus triste grabat
Lequel plus que l'autre g鑜e
Lequel pr閒鑢e les rats
Celui qui croyait au ciel
Celui qui n'y croyait pas
Un rebelle est un rebelle
Deux sanglots font un seul glas
Et quand vient l'aube cruelle
Passent de vie tr閜as
Celui qui croyait au ciel
Celui qui n'y croyait pas
R閜閠ant le nom de celle
Qu'aucun des deux ne trompa
Et leur sang rouge ruisselle
M阭e couleur m阭e 閏lat
Celui qui croyait au ciel
Celui qui n'y croyait pas
Il coule il coule il se m阬e
la terre qu'il aima
Pour qu' la saison nouvelle
M鹯isse un raisin muscat
Celui qui croyait au ciel
Celui qui n'y croyait pas
L'un court et l'autre a des ailes
De Bretagne ou du Jura
Et framboise ou mirabelle
Le grillon rechantera
Dites fl鹴e ou violoncelle
Le double amour qui br鹟a
L'alouette et l'hirondelle
La rose et le r閟閐a


Vers danser

Que ce soit dimanche ou lundi
Soir ou matin minuit midi
Dans l'enfer ou le paradis
Les amours aux amours ressemblent
C'閠ait hier que je t'ai dit
Nous dormirons ensemble

C'閠ait hier et c'est demain
Je n'ai plus que toi de chemin
J'ai mis mon coeur entre tes mains
Avec le tien comme il va l'amble
Tout ce qu'il a de temps humain
Nous dormirons ensemble

Mon amour ce qui fut sera
Le ciel est sur nous comme un drap
J'ai referm sur toi mes bras
Et tant je t'aime que j'en tremble
Aussi longtemps que tu voudras
Nous dormirons ensemble


Les Yeux d'Elsa

Tes yeux sont si profonds qu'en me penchant pour boire
J'ai vu tous les soleils y venir se mirer
S'y jeter mourir tous les d閟esp閞閟
Tes yeux sont si profonds que j'y perds la m閙oire

l'ombre des oiseaux c'est l'oc閍n troubl
Puis le beau temps soudain se l鑦e et tes yeux changent
L'閠 taille la nue au tablier des anges
Le ciel n'est jamais bleu comme il l'est sur les bl閟

Les vents chassent en vain les chagrins de l'azur
Tes yeux plus clairs que lui lorsqu'une larme y luit
Tes yeux rendent jaloux le ciel d'apr鑣 la pluie
Le verre n'est jamais si bleu qu' sa brisure

M鑢e des Sept douleurs lumi鑢e mouill閑
Sept glaives ont perc le prisme des couleurs
Le jour est plus poignant qui point entre les pleurs
L'iris trou de noir plus bleu d'阾re endeuill

Tes yeux dans le malheur ouvrent la double br鑓he
Par o se reproduit le miracle des Rois
Lorsque le coeur battant ils virent tous les trois
Le manteau de Marie accroch dans la cr鑓he

Une bouche suffit au mois de Mai des mots
Pour toutes les chansons et pour tous les h閘as
Trop peu d'un firmament pour des millions d'astres
Il leur fallait tes yeux et leurs secrets g閙eaux

L'enfant accapar par les belles images
蒫arquille les siens moins d閙esur閙ent
Quand tu fais les grands yeux je ne sais si tu mens
On dirait que l'averse ouvre des fleurs sauvages

Cachent-ils des 閏lairs dans cette lavande o
Des insectes d閒ont leurs amours violentes
Je suis pris au filet des 閠oiles filantes
Comme un marin qui meurt en mer en plein mois d'ao鹴

J'ai retir ce radium de la pechblende
Et j'ai br鹟 mes doigts ce feu d閒endu
paradis cent fois retrouv reperdu
Tes yeux sont mon P閞ou ma Golconde mes Indes

Il advint qu'un beau soir l'univers se brisa
Sur des r閏ifs que les naufrageurs enflamm鑢ent
Moi je voyais briller au-dessus de la mer
Les yeux d'Elsa les yeux d'Elsa les yeux d'Elsa


中国诗歌库 中华诗库 中国诗典 中国诗人 中国诗坛 首页